Les tracteurs de la FNSEA quittent Paris, les mobilisations continuent en France
Les agriculteurs restent mobilisés dans plusieurs régions de France mercredi malgré une série de concessions du gouvernement, répondant notamment aux demandes de l'alliance FNSEA-Jeunes Agriculteurs dont les tracteurs ont quitté la capitale à l'aube.
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Malgré l'annonce de nouvelles mesures en faveur des agriculteurs mardi par le Premier ministre Sébastien Lecornu, les manifestants et leurs plus de 350 tracteurs venus à Paris mardi à l'aube réclamaient encore dans la soirée des engagements sur des sujets de trésorerie.
« Une délégation a été reçue vers minuit par la ministre de l'agriculture Annie Genevard qui nous a donné des précisions et des engagements sur les prêts de trésorerie et de restructuration pour les agriculteurs les plus endettés », a confié à l'AFP le vice-président de la FNSEA Luc Smessaert, avant de repartir dans l'Oise.
Les premiers tracteurs ont commencé à quitter la capitale vers 4h, a-t-il précisé. « À 6h20, l'ensemble des engins agricoles avaient quitté Paris », selon la préfecture de police.
Fièvre toujours là
Obtenir des avancées sur le sujet de la trésorerie avait été mentionné mardi soir par Damien Greffin, autre vice-président de la FNSEA, au moment de justifier la poursuite de la mobilisation « pour la nuit » devant l'Assemblée nationale.
Mais ailleurs la colère continue à s'exprimer, notamment du côté de Toulouse. Une dizaine de tracteurs de la Coordination rurale (CR) du Gers filtraient mercredi la circulation sur un rond-point menant à l'aéroport Toulouse-Blagnac. Un autre groupe a bloqué l'A64 en déversant des pneus et de la paille, à proximité du périphérique et dans le Var, un convoi d'une vingtaine de tracteurs tenait un barrage filtrant sur l'A50, provoquant quelques kilomètres d'embouteillage.
« La fièvre est toujours là, même si les annonces du Premier ministre étaient pour un certain nombre d'entre elles, attendues. Le sujet de fond, c'est le constat pour nombre d'agriculteurs qu'aujourd'hui, la situation économique dans leur exploitation ne leur permet pas d'envisager l'avenir » , a dit le président de la FNSEA Arnaud Rousseau mercredi matin sur RTL.
Dans le nord de la France, le barrage filtrant installé dimanche soir sur l'autoroute A1 dans le sens Lille-Paris est toujours en place mais va être levé dans la soirée de mercredi pour permettre aux agriculteurs de reprendre pleinement le travail dans leurs fermes, a annoncé à l'AFP Damien Salomon, coprésident de la CR du Pas-de-Calais.
A Vatry (Marne), la Coordination rurale bloque depuis 4 heures du matin un dépôt pétrolier, a indiqué à l'AFP Christophe Saint-Juvin, représentant de la CR 51, qui estime à 50 tracteurs et 150 personnes les forces en présence.
« Rien ne rentre et rien ne sort » du dépôt, a-t-il assuré, estimant que les annonces gouvernementales de ces derniers jours ne comportent « rien de concret ».
Plus tôt mardi, le Premier ministre avait annoncé une « loi d'urgence agricole » pour tenter de calmer la colère des agriculteurs. Le texte promis par Sébastien Lecornu doit porter sur « plusieurs priorités : eau, prédation, moyens de production ». Il « sera inscrit à l'ordre du jour du Conseil des ministres au mois de mars et sera ensuite examiné par le Parlement avant l'été », a assuré le Premier ministre.
Des annonces dans un premier temps en partie saluées par Damien Greffin, avant que beaucoup, parmi la base des délégations agricoles, n'expriment leur volonté de rester pour poursuivre les négociations et maintenir le rapport de force.
Mardi, Sébastien Lecornu a également affirmé qu'un « cap clair » sur la politique de l'eau serait par ailleurs « fixé d'ici le salon » de l'agriculture qui se tiendra du 21 février au 1er mars, et demandé, avant la présentation du projet de loi, un « moratoire sur toutes les décisions relatives » à cette question et la suspension des « textes fixant les volumes d'eau prélevables (...) jusqu'à septembre ».
Le chef du gouvernement a enfin évoqué des réunions pour étudier « les possibilités de dérogation » à la directive européenne sur les nitrates, qui encadre notamment les épandages d'engrais par les agriculteurs.
Pommes de terre déversées
Cela s'ajoute à un paquet de « 300 millions d'euros » annoncé vendredi et qui contient des mesures prévues à la fois dans le budget, et donc soumises au vote des parlementaires, et d'autres déjà égrenées ces dernières semaines par le gouvernement pour répondre à la crise agricole.
Les annonces de mardi répondaient quasiment point par point à des demandes de la FNSEA et des JA, alliance qui domine le syndicalisme agricole et dont les sections locales du grand bassin parisien.
Entrés à l'aube dans Paris mardi, les tracteurs ont descendu les Champs-Elysées avant de s'établir devant l'Assemblée nationale, avec duvets et matelas.
Mardi, plus de 350 tracteurs selon les autorités, 500 selon les manifestants, ont stationné aux abords de l'Assemblée nationale, et les agriculteurs présents ont aussi déversé plusieurs tonnes de pommes de terre sur le pont de la Concorde, en cadeau aux Parisiens.
Depuis début décembre, les manifestations d'agriculteurs se multiplient et les annonces du gouvernement vendredi après des défilés de tracteurs de la Coordination rurale puis de la Confédération paysanne dans la capitale n'ont pas suffi à calmer la colère.
La Coordination rurale a dénoncé mardi sur X « la différence de traitement du gouvernement face à nos mobilisations », en référence aux interdictions auxquelles le deuxième syndicat a fait face en amenant ses tracteurs jeudi à Paris.
La Confédération paysanne, qui a aussi emmené des tracteurs à Paris vendredi, a dénoncé dans un communiqué les demandes de la FNSEA sur l'eau qui ne « répondent pas à la colère », puis mercredi « le plan d'aide à l'arrachage » destiné aux viticulteurs, un « mirage » selon le syndicat.
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